Histoire

Chapelle Notre Dame d’Alet.

« Qui que tu sois, écrasé sous le poids de la maladie ou du péché, viens ici, honore-moi dignement, avec ferveur, car je te rendrai la santé, je t’enlèverai ton fardeau et ma grâce te maintiendra toujours sain et sauf »

A la découverte historique du Sanctuaire…

Située à l’extrémité du chemin de Notre Dame d’Alet, dans le village de Montaigut sur Save, non loin du site de l’ancien château de Montaigut aujourd’hui disparu et qui dominait autrefois la vallée de la Save, le sanctuaire de Notre Dame d’Alet apparaît soudain au visiteur. C’est une chapelle en apparence modeste, adossée à un parc aux cèdres centenaires et qui recèle en son sein des trésors d’œuvres d’art et de spiritualité.
Dès que l’on s’approche de la chapelle, au clocher effilé et au porche ouvragé, on ressent cette douce quiétude, cet enchantement propre à ces lieux si particuliers. Mais on ne peut, au premier regard, imaginer tout ce que fut l’histoire exceptionnelle, avec ses heurs et malheurs, de ce sanctuaire dédié à la Vierge Marie. Histoire qui se prolonge toujours, de nos jours, grâce au dévouement, à la foi de paroissiens qui, au long des siècles, guidés par des prêtres courageux, ne se sont jamais départis de leurs engagements.

Déroulons cette Histoire.

Elle remonte au XIème siècle, comme le rapporte la tradition qui transmet le récit des évènements fondateurs de la chapelle.
Un laboureur, nommé Raymond, travaillait un champ tout proche de la forêt de Bouconne lorsque sa charrue fut soudainement immobilisée. De dépit, il jeta son aiguillon à terre où il se ficha et il ne put, malgré ses efforts, le retirer du sol. C’est alors que lui apparut la Vierge, resplendissante, qui s’adressa à lui pour lui manifester son désir de voir s’élever en ce lieu un oratoire, dans lequel elle répandrait ses grâces sur ceux qui viendraient y prier.
Le prêtre, les notables, les habitants de l’époque, convaincus de la véracité des faits, décidèrent donc de construire cet oratoire sur le lieu de l’événement. Mais la chapelle, du fait de circonstances troublantes qui perturbaient en permanence le chantier dès le début des travaux, fut construite, in fine, au sommet de la colline où elle se trouve actuellement.
Cette décision survint, suite à une inspiration divine qui dirigea le chef de chantier vers ce lieu alors qu’il priait le ciel de l’aider à résoudre ses problèmes de construction. Toutefois, sur le lieu même de l’apparition, au-dessus d’une source, dans un bois du lieu dit Las Costos, près de la source du ruisseau de Pacques, a été édifié un petit monument mémoriel qui rappelle la glorieuse apparition.
Ainsi naquit la chapelle de Notre dame d’Alet, dont la renommée grandit au cours des siècles grâce à de nombreuses guérisons miraculeuses.

En poursuivant dans le temps, après deux siècles de ferveur populaire, un autre événement majeur est cité, qui relate le passage de Saint Dominique, vers la fin du XIIIème siècle, venu prier en forêt de Bouconne et qui, par l’intercession de la Vierge, reçut en ce lieu le rosaire.

Les premières traces écrites qui jalonnent la vie de la Chapelle remontent au XIV ème siècle, où il est dit que les Consuls de Montaigut s’y rendaient pour prêter allégeance à leur seigneur.
Elle est de même citée dans un ouvrage datant du XVème siècle, dans un livre traitant des sanctuaires, et reconnue comme une des plus anciennes chapelles dédiées à la Vierge.
A cette époque reculée, un cimetière, jouxtant l’édifice, fut construit pour recevoir des personnes souhaitant reposer en ce lieu sacré. C’est ainsi qu’un document datant de 1466 nous dit qu’une Dame, Jeanne de Gamet, demanda par testament à être ensevelie en ce lieu. Un autre acte de 1501 mentionne « l’Eglise de la bienheureuse Marie d’Alet ».
En poursuivant notre analyse dans le temps, nous arrivons au premier épisode des drames qu’a connus le sanctuaire. Mais, comme on le verra, la protection divine de la Vierge Marie a fait que, sans relâche, avec la participation indéfectible de ses paroissiens, la chapelle a su renaitre de ces outrages.
Durant les guerres de religion, vers 1554, l’édifice fut détruit par les Huguenots de Montauban qui sévissaient durement sur la Région de Grenade.
Très longtemps, il ne subsista de l’ensemble que l’autel fait de pierre de taille et de briques ainsi que le portail et le cimetière.
Les habitants de Montaigut et de nombreuses personnalités de l’époque souhaitaient la reconstruction de la Chapelle, mais il fallut attendre assez longtemps un nouvel évènement miraculeux pour voir le projet prendre corps.
En 1673, un métayer du nom de Raymond Vialette, revécut avec ferveur les évènements survenus au laboureur. Il entendait les appels répétés de la Vierge demandant le rétablissement du culte dans ce lieu.
Malgré les dénégations du prêtre qui ne prenait pas Raymond au sérieux, celui-ci était si convaincant que la ferveur populaire s’empara du problème et que le prêtre lui-même finit par s’y associer. Il y eut plusieurs témoignages d’apparitions, près des ruines, provenant notamment d’enfants.
Sous l’impulsion du seigneur de l’époque, le comte Paul Gabriel de Foix de Couserans Mauléon, en partance pour l’armée du roi, de nombreux paroissiens décidèrent de reconstruire la chapelle. Le succès de cette reconstruction fut immédiat, les offices reprirent avant la fin des travaux, les miracles furent nombreux. Les dons affluèrent, de nombreux objets de grande valeur étaient offerts en ex-voto, tout cela permit la construction de chapelles latérales et de bâtiments secondaires, d’une sacristie et d’un petit bâtiment pour les chapelains. Ce bâtiment, la chapellenie, fut agrandi en 1677.
En 1679 un cloitre fut bâti par Pierre Barrière, un maçon de Montaigut, pour recevoir les pèlerins. En 1683 il fut doté d’une porte d’entrée sous l’égide du Marquis Le Masuyer, dans le but de l’embellir. Le cloitre abritait les fidèles avant qu’ils ne pénètrent dans le sanctuaire.
Quatre charges de chapelains furent fondées, pour les prêtres missionnaires qui animaient sans cesse la vie spirituelle, instruisant aussi la jeunesse de Montaigut.
La chapelle devint un lieu de pèlerinage recherché. Les pères Récollets de Toulouse tinrent un livre des miracles, tellement la renommée de ce petit sanctuaire était grande. Une confrérie fut instaurée en 1678 qui reçut d’importantes indulgences plénières du pape Innocent XI.
Mais l’histoire sait provoquer les hommes et leur faire affronter les pires vicissitudes, souvent pour confronter l’ardeur de leur foi à la dureté des temps…
Ainsi, peu après la révolution, en 1794, le sanctuaire fut fermé, pillé, les bâtiments et la bibliothèque vendus. Mais l’attachement des villageois à Notre Dame d’Alet était très grand, et le comité révolutionnaire qui avait ordonné l’entière destruction de la chapelle ne trouva aucun Montaigutois pour exécuter cet ordre. Les villageois surent même se cotiser et charger un nommé Louis Deschamps du rachat de la chapelle et du cloître en les sauvant ainsi de la destruction.
En 1821, la chapelle et son cloître réintégrèrent le patrimoine communal. La chapellenie avec ses dépendances, les bois et prairies, fut vendue à monsieur Dausset puis acquise en 1839 par l’Union Sacerdotale de Toulouse.
Par la suite, en 1847, l’ensemble fut confié aux prêtres du Sacré Cœur. Ils remirent la chapelle en état et, de nouveau, le pèlerinage à Notre Dame d’Alet connut un grand succès. De nombreux miracles se produisirent, notés par les religieux.
C’est ainsi que, le 23 mai 1863, le sanctuaire, restauré magnifiquement sous l’égide de Monseigneur Desprez, reçut la consécration suprême du Pape Pie IX.
Celui-ci envoya un superbe diadème avec lequel Monseigneur Desprez couronna la Pietà placée dans le sanctuaire.
Près de cinq mille personnes, venant de plusieurs diocèses, assistèrent à cet événement.

Les travaux qui aboutirent à la chapelle actuelle, telle qu’elle nous est restituée, furent réalisés, dans leur ensemble, à la fin du XVIIème siècle.
Toutefois, Jusqu’au XIXème, plusieurs aménagements et embellissements vinrent parfaire cette construction.

Nous avons ainsi parcouru, à travers les siècles, les évènements touchant la construction et l’évolution de la chapelle et de ses bâtiments annexes.
Mais les œuvres d’art, les trésors merveilleux qu’elle renferme ont aussi leur histoire, qui sont aussi des histoires d’hommes, serviteurs de Dieu, artistes et paroissiens, qui se dévouèrent à son embellissement, pour la gloire de Notre Dame.

Les Œuvres d’Art de la Chapelle.

Lorsque l’on pénètre dans le sanctuaire, on est saisi par la beauté des lieux, l’harmonie qui règne partout, une quiétude rassurante, apaisante, qui nous fait pénétrer dans un non temps, un espace privilégié, où la prière nous envahit comme une source rafraichissante qui efface nos doutes.
Nos regards se posent dès l’entrée sur le magnifique retable qui nous fait face et, dans le mouvement, nos yeux sont attirés par la superbe Pietà qui le domine et qui reflète la douleur infinie d’une mère dans la souffrance.
Cette statue de la Vierge fut commandée au maître sculpteur Thibaud Mestrier en 1680 et installée en 1682 dans une vaste niche située derrière l’autel. Deux ans après, le grand retable, pièce maitresse de la chapelle, fut commandé au même sculpteur, le 11 Septembre 1684, pour décorer le chœur du sanctuaire.
Ce sculpteur décéda avant d’avoir pu mener à bien son œuvre et c’est un autre artiste toulousain, Antoine Guépin, qui accomplit l’ouvrage en conformité avec les plans de Mestrier.
Cet ensemble de boiseries portant une iconographie de grande qualité, œuvre d’artistes régionaux, est l’un des rares à avoir été conservé in situ.
Deux retables, plus petits, installés en 1690, décorent toujours les chapelles latérales sainte Anne et saint Joseph.

Outre la Pietà principale située au-dessus du retable, dans la chapelle saint Roch se trouve une Pietà en terre cuite, réalisée en 1675 par le sculpteur Etienne Dugast. Antérieurement elle était disposée au-dessus de la porte d’entrée du cloitre, puis elle fut installée au XIXème siècle sur le toit de la chapelle, face au cimetière. Elle a été récemment, pour sa protection, remplacée par une copie (moulage en résine) et installée à l’intérieur.
Une troisième Pietà du XIX ème siècle, réalisée par le sculpteur Salamon, décore le tympan du grand porche triomphal dessiné par l’architecte Delort. Ce porche est soutenu par deux colonnes en marbre de Caunes, à chapiteaux corinthiens, avec de chaque coté, deux grands anges réalisés dans les ateliers des céramistes Virebent.
Une quatrième Pietà, très belle imitation de l’art bourguignon du XVème siècle, est visible dans le cloitre, non loin d’un grand et magnifique Christ en croix, qui accueille le pèlerin.

En termes de tableaux, on peut citer, situés dans les chapelles, celui qui représente saint Roch et les pestiférés, dont on ne connaît pas l’auteur et les deux des chapelles sainte Anne et saint Joseph, que certains attribuent au
peintre Derome.
Deux autres grands tableaux se trouvent placés dans la nef, ils sont de signature inconnue (l’un est apparemment d’inspiration du Caravage), probablement du XVIIème.

La chapelle possède sept vitraux, réalisés par le maître verrier Victor Gesta au XIXème siècle. L’un d’entre eux est une belle rosace située à l’Ouest de la nef. Les motifs de ces vitraux racontent l’histoire du sanctuaire.
Chaque vitrail est traité en deux parties qui se lisent de bas en haut, la partie supérieure de la plupart d’entre eux est dédiée aux actes des villageois au service de leur sanctuaire, avec une Vierge présente à leurs côtés.

De nombreuses restaurations de grande qualité furent réalisées au XIXème siècle. Les chapelles ont vu leurs autels renouvelés, leurs retables, statues et ornements, remis en état et redorés, la tribune du fond fut réaménagée, de belles balustrades forgées furent placées à l’entrée des chapelles et du chœur, une chaire fut implantée dans la nef, la porte de l’entrée du cloître fut remplacée par une grande et belle porte, sous le porche monumental.
Mais la réalisation la plus importante fut certainement la création d’un plafond subdivisé en caissons, ornés de stucs et comprenant vingt-quatre panneaux dédiés à une superbe iconographie de la Vierge. Les huit caissons centraux représentent les litanies de la Vierge, les seize caissons latéraux, des anges porteurs des instruments de la Passion. Ces peintures furent réalisées par le Toulousain Arsène Robert.

Durant la fin du XIXème et le début du XXème siècle, la chapelle restera le lieu de pèlerinage de divers diocèses, sachant que sa fréquentation s’était réduite au fil du temps, pour des raisons diverses, notamment avec la création de la basilique dédiée à Saint Germaine de Pibrac, et la glorieuse apparition de Notre Dame de Lourdes.

Epoque contemporaine.

Dans les années 80 une sœur de la congrégation de Notre Dame de Sion, sœur Jaqueline des Rochettes, s’installa dans la maisonnette dite « du gardien », sise près de la chapellenie et qui était en quasi abandon.
Elle était venue dans ce lieu pour se consacrer à la prière. Constatant une dégradation relative de l’ensemble, elle sentit en elle comme un devoir de consacrer une partie de son temps à sa préservation et son animation. Pour ce faire, elle fut assez rapidement entourée de laïcs du secteur, renouant ainsi avec la tradition. Elle mena de nombreuses actions dans ce sens, avec notamment en Octobre 1993 la création de l’Association des Amis de Notre Dame d’Alet. Cette Association a pour but la préservation de l’environnement à Notre Dame d’Alet, de favoriser l’animation et l’accueil notamment de groupes de jeunes, de parents, et de réaliser des visites guidées des lieux.

Evènements marquants de cette proche époque :

Fin 1987 : Fermeture de la chapelle sur décret de Monsieur le Maire de Montaigut, pour des raisons techniques. Le plafond à caisson menaçait de s’écrouler en entrainant la toiture qui reposait sur lui.

5 Aout 1988 : Classement de la chapelle et du cloître aux bâtiments de France.

24 Mars 1996 : Pour fêter la réouverture de la chapelle, après les travaux réalisés sur la toiture par la Mairie de Montaigut, sous contrôle des services des Monuments Historiques, Monseigneur Colligni célèbre une messe et confie à sœur Emmanuelle, religieuse de Notre Dame de Sion, engagée dans un apostolat auprès des chiffonniers dans les bidonvilles du Caire, le soin de prononcer un témoignage. Plus de 500 personnes étaient présentes pour cet évènement.

13 décembre 1996 : 9 statuettes du retable, une partie de celui-ci ainsi que 2 grandes statues sont prêtées au musée des Augustins de Toulouse lors d’une importante exposition sur les artistes toulousains du XVIIème. Les ateliers municipaux de Toulouse en assureront la restauration avant l’exposition.

Avril 1999 : Découverte d’une peinture en trompe l’œil sur le mur, derrière le retable, lors des travaux de traitement des panneaux en bois du chœur (œuvre datant probablement du XVIIème). Cette peinture représente une Pietà placée dans une niche, entourée de deux colonnes torses.

Juin 2007 : La Mairie de Montaigut fait effectuer les travaux de réfection du Cloitre, sa mise hors d’eau et la rénovation des murs et sols, sous contrôle de l’architecte des Monuments Historiques.

Mai 2015 : A l’instigation du recteur de l’époque, l’abbé Hervé du Plessis et sous maitrise d’ouvrage de l’Union Sacerdotale de Toulouse, réfection à l’identique des charpentes, toitures, fenêtres, de la chapellenie, sous contrôle de Michel Peron, Architecte du Patrimoine.

Juin 2019 : à l’initiative et sous l’impulsion de l’abbé François de Larboust, recteur de Notre Dame d’Alet, intronisation et installation des reliques de Saint Dominique, en présence d’une importante assemblée de Dominicains.

-Il est de nos jours possible d’admirer toutes ces merveilles en la chapelle de Notre Dame d’Alet, merveilles dues à la qualité des artistes, à l’engagement des Villageois, à la volonté des Hommes d’Eglise, à la protection de Notre Dame d’Alet-

Bibliographie :

« Notre dame de France, Culte de la Sainte Vierge en France ». M le Curé de Saint Sulpice.

« Notre Dame d’Alet, les sculptures & peintures de NDA ». Association des Amis de Notre Dame d’Alet.

« Notre Dame d’Alet ». Pascal Julien.

« Avec Marie, au pays de Cadours, Grenade et Verdun sur Garonne » Mr l’Abbé Marcel Dirat.

« Notices légendaires, historiques et architecturales des Sanctuaires du diocèse de Toulouse consacrés à la très Sainte Vierge » par le Vicomte de Juillac-Vignoles.

« La dévotion à Notre Dame d’Alet ». Opuscule non signé réalisé en 1833 à la demande de Mr Carayon, Curé de Saint Sernin, ancien Curé de Montaigut.

Monique Bernadet, Aout 2019.