Le message des apparitions

Cher pèlerin, chère pélerine,

Ce que la Vierge nous dit à Alet
A l’image du sanctuaire, qui n’émerge que de peu d’une forêt de chêne, le message de Notre-Dame d’Alet ne se révèle immédiatement. Car ici, la Vierge n’a délivré aucun message particulier, ni fait de révélations : elle a simplement dit qu’elle voulait une chapelle en ce lieu.

Ce qui est plus original, sinon inédit, c’est la constance avec laquelle la Vierge souhaite avoir son sanctuaire sur cette colline. Après une première apparition au XI° siècle, un oratoire est construit. Mais quand il est détruit par les protestants en 1568, la Vierge apparait de nouveau, et réclame la restauration de ce lieu qui est sien. Manifestement, Marie se complait ici. Mais pourquoi ? Là encore, la Vierge n’a rien dit…

C’est en se penchant sur les circonstances des apparitions que le message, en creux, se révèle. Car ici, la Vierge se révèle moins par les mots que par son action.

La tradition rapporte qu’au Moyen-Age, c’est à un pauvre laboureur, écrasé par un dur labeur, et dont on dit qu’il jurait contre Dieu, que la Vierge s’est manifestée.

C’est encore dans une époque troublée, dans un pays ruiné et divisé par les guerres de religions que Marie apparait de nouveau.
Ainsi, à Alet, la Vierge se manifeste comme consolatrice des affligés, mère de miséricorde et de compassion. Les pèlerins d’Alet l’ont bien compris, au point que tout, dans le sanctuaire tel que nous le connaissons, nous le rappelle.

D’abord, à l’entrée de la chapelle, par l’inscription latine :  » « Qui que tu sois, écrasé sous le poids de la maladie ou du péché, viens ici, honore-moi dignement, avec ferveur, car je te rendrai la santé, je t’enlèverai ton fardeau et ma grâce te maintiendra toujours sain et sauf ».

Ensuite, par la statue qui est vénérée ici : c’est une piéta d’une grande majesté. Celle que nous prions n’est pas incapable de comprendre nos souffrances, puisqu’elle-même a bu le calice des douleurs jusqu’à la lie. Les yeux levés vers le ciel, elle fait monter vers Dieu le cri de nos peines et de nos espoirs. Elle nous aide à vivre nos épreuves en restant unis à son Fils Jésus, comme elle le fut jusqu’au bout, au pied de la croix. Dans ce Fils, nous trouvons la guérison et la paix.

A Alet, comme au calvaire, Marie ne dit rien. Elle contemple seulement. Et surtout elle est là, debout près de la croix de Jésus, près de nos croix. Et comme sa présence fut une infinie consolation pour le Fils bien-aimé, elle l’est aussi pour nous.
Ici, à Alet, Marie, invoquée comme mère de miséricorde, révèle sa maternité, sa compassion, sa tendresse. Tant de personne ici disent avoir trouvé la paix, la guérison du corps ou de l’âme ! La Vierge a voulu ce lieu comme un écrin pour nous faire comprendre que dans les joies et les peines de cette vie, nous ne sommes pas seuls : elle est avec nous, et elle nous mène vers ce Fils qui a nous a aimé jusqu’à donner sa vie pour nous.
Mais la Vierge compatissante nous pousse aussi à la compassion, au souci de plus pauvre, du plus faible, de celui qui est menacé dans son âme. En témoigne le passage ici de saint Dominique, en 1213. Constatant les ravages de l’hérésie cathare dans les cœurs, il cherche comment y répondre. Lui qui était plein de compassion pour les pauvres et les pécheurs, a sans doute trouvé un élan supplémentaire pour partir sur les routes annoncer la vérité de l’Evangile et la douce pitié de Dieu.

Tel est le message de Notre-Dame à Alet. Silencieuse, elle écoute les pauvres prières des hommes. Elle ne dit rien, mais elle est là, avec nous : sa grâce est sa présence.

Abbé François de Larboust
Recteur du Sanctuaire de Notre Dame d’Alet